dimanche 21 mars 2021

Commémoration

 

Commémoration.

 

 

Nous aimons en France les commémorations. Pourquoi pas? C'est un moyen d'entretenir une mémoire historique, mais à condition que cela ne devienne pas le prétexte de manœuvres politiques ou de réveil de querelles séculaires, ce qui se produit en ce moment à propos du cent-cinquantième anniversaire de la Commune de Paris de 1871. Commémoration ou célébration? Le recul que nous donne l'histoire pourrait permettre de trancher.

Rappelons brièvement le contexte : la désastreuse guerre contre la Prusse, qui a provoqué la chute du Second Empire après la défaite de Sedan, a offert ainsi à la gauche républicaine l'occasion inespérée du putsch qui proclame à Paris la République le 4 septembre 1870.

Purement circonstancielle, cette démarche est loin de faire l'unanimité dans une France encore très rurale et plutôt conservatrice. Paradoxalement, c'est donc la droite monarchiste qui profite du changement de régime et l'assemblée, élue dans des conditions difficiles et qui se réunit à Bordeaux avant de rallier Versailles après l'armistice, écarte les leaders républicains parisiens pour les remplacer, à la tête de l'exécutif provisoire, par Adolphe Thiers, ancien ministre de Louis-Philippe. Plus que la perspective de république démocratique portée par toute une fraction de la gauche sous l'Empire, c'est la restauration de la monarchie qui se profile.

Va s'ajouter alors à cela l'irresponsabilité de la gauche radicale, qui prend au printemps 1871 l'initiative déraisonnable de tenter à Paris une révolution sociale, offrant ainsi à Thiers et aux conservateurs l'occasion de l'habituel amalgame République/Paris/désordre (sans compter la possibilité de briser pour longtemps tout risque d'opposition de gauche). L'occasion est belle : le peuple parisien vient de subir pendant l'hiver le terrible siège des armées prussiennes, il est épuisé, il a le sentiment d'avoir été trahi par les gouvernants. Quelques provocations bien calculées (la fin du moratoire sur les loyers, la saisie des pièces d'artillerie demeurées dans la capitale) enflammeront la colère et entraîneront un soulèvement spontané. C'est exactement ce qui va se passer le 18 mars 1871.

 

Mythifiée au XXème siècle par le socialisme marxiste, la Commune de Paris (mars-mai 1871) est en réalité un affreux gâchis qui va se solder par la mort de milliers de pauvres gens, dont l'exaspération légitime au lendemain du siège de la ville est instrumentalisée par une poignée de doctrinaires radicaux. Convaincus contre toute évidence que si Paris donne le signal de la révolution sociale, le reste de la France suivra, ceux-ci exploitent la colère populaire quand il aurait fallu la calmer (ce que prônent les leaders républicains lucides tels Clemenceau, Ferry ou Gambetta). Ils tombent sans coup férir dans le piège que leur tendent Thiers et le gouvernement de Versailles.

Constituant (souvenir de 1793) une Commune insurrectionnelle dont les capacités d'action ne dépasseront jamais l'enceinte fortifiée de la capitale, les dirigeants de l'insurrection se perdent en chamailleries idéologiques alors que les "Versaillais" de l'armée régulière s'apprêtent à donner l'assaut. Ils finissent par n'avoir comme unique issue qu'une défense aussi héroïque que vaine face à un adversaire faisant preuve d'une implacable férocité. Le bilan final est effroyable : des milliers de morts, une impitoyable répression qui ajoutera d'autres victimes et la dévastation de Paris, dont nombre de monuments publics ont été incendiés. Quant au résultat politique, il se traduit par le renforcement des conservateurs et (comme prévu) le discrédit jeté sur le projet républicain.

Discrédit durable et qui manque effectivement avoir raison de la République. Si la monarchie n'est pas rétablie durant la décennie 1870, c'est surtout parce que l'impasse constituée par la discorde entre les princes de la Maison de France (le petit-fils de Charles X et le petit-fils de Louis-Philippe) fait perdre trop de temps et que la nécessité de sortir du provisoire conduit à promulguer, en 1875, non pas une vraie constitution, mais un ensemble ambigu de "lois constitutionnelles" où le mot même de république entre en catimini, par le biais d'un amendement voté à une voix de majorité !

 

Karl Marx, commentant à chaud les événements (et de loin, il est à Londres) s'est leurré. Il a vu dans la Commune l'annonce, (sinon l'archétype) de la révolution prolétarienne qu'il considérait inéluctable or, les insurgés parisiens étaient loin d'être dans leur majorité des ouvriers. Paris n'était pas un centre industriel. Comme l'écrit l'historienne Mathilde Larrère : "les Communards ne correspondaient pas à la classe laborieuse de la théorie marxiste. Ces gens étaient les successeurs des sans-culottes de 1789, des artisans, des petits entrepreneurs, des producteurs"*. La Commune est une insurrection spontanée de la colère prise en mains par des idéologues dont la sincérité est indéniable (beaucoup y laisseront leur vie), mais qui ne mesurent absolument pas ce que sont les rapports de force et combien leur projet est irréaliste.

 

Un siècle et demi plus tard, la révolte des "gilets jaunes" n'est pas sans analogie avec celle du peuple parisien de 1871 avec cette différence qu'elle refuse de se faire manipuler. Malgré leurs efforts, ni les politiciens de gauche, ni les dirigeants syndicaux ne trouvent d'écho et le mouvement va jusqu'à expulser ceux de ses membres qui tentent un quelconque leadership. Les tentatives d'infiltration de courants extrémistes, de gauche comme de droite, génératrices de violences, ne sont d'ailleurs pas étrangères à l'érosion du mouvement. C'est peut-être accepter de se réduire à l'impuissance et au simple témoignage, mais c'est aussi éviter la voie d'une action débouchant sur un risque de guerre civile dont l'issue (l'histoire de la Commune n'est pas seule à le montrer) est toujours au final une répression meurtrière. Et ne confondons surtout pas révolution et jacquerie.

Quelles qu'aient été ses intentions, ses rêves, ses espérances, la Commune a été un sanglant échec. Alors, commémorons-la comme un moment (serait-il funeste) de notre histoire, rendons hommage aux victimes mais cessons de la mythifier. L'expérience du XX° siècle nous a montré où conduisaient les utopies idéologiques : peut-être est-ce là la raison profonde de la défiance des "gilets jaunes", en 2019.

 

 

 

* Mathilde Larrère. Il était une fois les révolutions. Paris. 2019.

dimanche 28 février 2021

Au delà des querelles actuelles.

 

Au-delà de querelles actuelles.

 

De toute évidence, la ministre de l'Enseignement supérieur a commis une grosse maladresse en usant de l'expression "islamogauchisme" pour décrire certaines dérives au sein de l'Université. Certes, tout n'était pas dépourvu d'arrières pensées dans la tempête politico-médiatique qu'elle a ainsi provoquée, mais il reste flagrant que cette formulation, aussi galvaudée et vide de sens que son symétrique l'islamophobie, était totalement mal venue.

Rappelons pour commencer que l'expression a été créée en 2002 par le politologue P-A. Taguieff dans le cas précis du conflit judéo-arabe et pour désigner le rapprochement, apparu à l'époque, entre des formations d'extrême gauche et le mouvement Hamas, (émanation de la confrérie islamiste des Frères musulmans), l'objectif étant l'unification du mouvement palestinien. Rien à voir par conséquent avec la conjoncture française ou européenne, mais dans une perspective polémique, l'énoncé a été pour ainsi dire naturalisé. Est-ce à dire qu'il ne recouvrait rien? Il rendait compte en fait d'une réalité plus générale et qu'on rencontre souvent dans l'histoire : l'alliance circonstancielle des radicalités, celle qui – si souvent – a fait converger des formulations d'extrême gauche et d'extrême droite jusqu'à conduire parfois à des rapprochements temporaires. Il ne fait pas de doute aujourd'hui qu'au nom d'une interprétation contestable d'un islam politique ramené à un prétendu conflit de classe, certains courants de la gauche radicale se sont rapprochés du fondamentalisme musulman, espérant peut-être se l'agréger. Si l'on comprend (sans nécessairement l'excuser) qu'un J-L. Mélenchon, dans sa quête éperdue de voix, participe à une manifestation où l'on crie "Allah akhbar!", on perçoit moins l'objectif d'intellectuels de renom voulant nous expliquer que l'adhésion à un fanatisme obtus est la conséquence d'une oppression plus ou moins post-coloniale. L'expression "islamogauchisme" est peut-être maladroite, mais elle répond au sentiment d'une certaine confusion perçue comme contre-nature.

Et l'on rencontre là, toujours au niveau des universités, un autre problème que la démarche de Frédérique Vidal a sorti de l'ombre et dont la portée est bien plus grande car elle touche la nature même de l'enseignement, l'incompatibilité entre la démarche éducative et le militantisme.

Un professeur n'est pas un clerc catéchiste ou un prédicateur. Son rôle n'est pas de diffuser une vérité, mais de développer des esprits critiques et de leur donner les moyens de choisir, en les instruisant, entre des interprétations existantes et souvent contradictoires. Il ne tranche pas, il fait connaître et son devoir est de ne favoriser aucune version ni aucune idéologie. Ce n'est pas forcément facile, mais c'est la base même du principe de laïcité. Or, certains l'ont oublié quand ils ne se sont pas fait devoir d'imposer, forts de leur autorité intellectuelle, ce qui était leur propre conviction. Cette dérive, sensible au niveau des sciences humaines (et spécialement de la sociologie) est inacceptable. Elle a un nom : l'endoctrinement, et elle n'est pas loin précisément de la démarche religieuse.

Au-delà des remous actuels, ce sont des questions de fond qui sont posées. Il est regrettable que des maladresses brouillent les perspectives et offrent facilement des occasions de polémiques politiciennes, mais face au retour d'une prédominance de la croyance sur la connaissance et à la diffusion de désinformations sur les réseaux sociaux, il est urgent de rappeler les fondamentaux qu'ont posé près de trois siècles de rationalité dans notre héritage culturel.

lundi 8 février 2021

 

Le "peuple" et les "élites".

 

Pour comprendre la démarche, mais aussi les limites des populismes actuels au sein des démocraties libérales, il convient d'abord de détruire une légende tenace : le "peuple" (autrement dit les classes populaires) n'est pas spontanément porteur d'un désir de changement et d'une quête de progrès, il est foncièrement conservateur et craint tout remaniement dont il redoute les conséquences. On peut le comprendre : quoi qu'on en dise et même en démocratie, la nation est gouvernée par ceux qui détiennent la connaissance et maîtrisent les instruments culturels qui permettent de conduire l'action politique. Ces derniers les ont acquis par l'instruction et l'expérience et l'homme et la femme des couches populaires doivent s'en remettre à leur jugement. Tout changement est porteur d'inconnu et suscite d'autant plus la méfiance qu'on ne possède pas l'outillage intellectuel permettant d'en mesurer la vraie portée. Aussi, selon le vieil adage "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", on préfère conserver ce qu'on connaît que risquer une aventure préjudiciable. Le peuple est certes capable de révoltes, mais les révolutions viennent d'en-haut.

La légende est née des interprétations de la Révolution française données par les démocrates du XIX° siècle, soucieux pour des raisons idéologiques de faire des masses populaires l'acteur et le réalisateur de l'immense basculement qu'avait été la substitution de la souveraineté du peuple à l'onction divine qui légitimait le pouvoir des rois. La théorie avait sa logique, la réalité était différente : ce n'était pas un quelconque soulèvement populaire qui avait imposé les mesures révolutionnaires de 1789, mais l'action des députés élus de l'Assemblée nationale, tous issus des couches éduquées. Rien ne montre mieux la réinterprétation des faits visant à instituer le peuple comme intervenant primordial que le récit reconstruit du 14 juillet 1789.

 

Que c'est-il passé depuis la réunion des Etats-Généraux à Versailles le 5 mai 1789? Une profonde remise en cause de l'ordre existant par les députés du Tiers-état, mais aussi par un certain nombre de délégués des ordres privilégiés qui les ont rejoints. Il faut rappeler que plus de deux mois avant l'abolition des privilèges (qui interviendra le 4 août), le clergé et la noblesse avaient accepté, les 20 et 22 mai, l'abandon de leurs privilèges fiscaux et la norme de l'égalité devant l'impôt. La transformation des Etats en Assemblée nationale intervient dans la seconde quinzaine de juin. Au plan des principes, la révolution est faite.

Louis XVI est débordé par des événements qui le dépassent d'autant plus qu'il n'a pas vraiment la tête à la politique à ce moment : le 4 juin, il vient de perdre son fils aîné, mort à 7ans et demi. Il tergiverse et le 11 juillet, en renvoyant son ministre Necker et en concentrant des troupes autour de Paris, il donne l'impression de vouloir reprendre la main.

A Paris, les milieux politisés – essentiellement la bourgeoisie – suivent les événements mais qu'en est-il du petit peuple? Il a une autre préoccupation, l'augmentation du prix du pain. C'est une constante des années 1780 : en 1789, le pain quotidien représente à Paris 50% du budget d'un ménage ouvrier et la hausse s'accroît encore. Voilà qui motive plus que les débats des députés à Versailles…L'agitation à Paris est bien plus générée par cette colère que par les événements politiques  et l'habileté des acteurs révolutionnaires va être de la canaliser à leur profit.

 

Mais d'où vient cette flambée du prix des farines? D'un dérèglement climatique, déjà! En juin 1783, une formidable éruption affecte en Islande le volcan Laki. Elle dure huit mois, libérant 14 milliards de m3 de laves et 122 millions de tonnes de dioxyde de soufre, trois fois ce que sont de nos jours les émissions industrielles annuelles en Europe. Un nuage de cendre et de gaz envahit l'atmosphère, perturbant les rythmes climatiques jusqu'en Indonésie et au Japon. En Europe et particulièrement en France, les années 1784 à 1788 sont marquées par l'alternance d'étés très secs et d'hivers très froids : la production agricole s'effondre. L'été 88, spécialement, a été désastreux et les prix du blé s'envolent. On estime que relativement à 1750, ils ont augmenté de 250% en 1789. Voilà pourquoi le pain est si cher et qu'à Paris, la rue gronde. Les soutiens parisiens de l'Assemblée nationale, au vu des mesures prises à Versailles, vont exploiter cette colère quitte à en détourner le sens. Leurs orateurs de rue assurent que les mouvements de troupe préfigurent le "massacre des patriotes" et ils profitent de l'insurrection alimentaire du 13 juillet, qui s'est emparée d'armes aux Invalides, pour orienter les révoltés vers la Bastille, où se trouve un dépôt de poudre. On connaît la suite.

La majorité des insurgés n'a pas de projet politique, le roi est même populaire et la détestation de la reine ("l'Autrichienne") doit beaucoup à la xénophobie. Ce qu'on veut, c'est du pain, mais la force du symbole est considérable, la vieille prison apparaissant comme l'expression même de l'arbitraire monarchique. L'affirmation est si forte qu'à l'annonce de la prise de la Bastille, le roi recule et rappelle Necker. Les politiques ont donc admirablement instrumentalisé une colère populaire motivée par les problèmes quotidiens en l'utilisant comme moyen de pression. Parallèlement, des rumeurs sont colportées dans les campagnes, faisant croire à l'imminence d'une invasion étrangère, provoquant cette vague d'agitation nommée "la Grande Peur" qui conduit les paysans à s'en prendre aux châteaux et à brûler les vieilles chartes qui légitimaient des droits féodaux, dont ils ignoraient qu'ils avaient déjà été abandonnés en mai. La proclamation solennelle de l'abolition des privilèges le 4 août visera à calmer cette agitation.

 

Est-ce à dire que la situation frumentaire s'améliore? Certainement pas et c'est encore au cri "du pain!" que la foule se dirigera, début octobre, vers Versailles pour ramener à Paris "le boulanger, la boulangère et le petit mitron", autrement dit, la famille royale, dont on attend donc encore des miracles…

 

Belle démonstration, pour nos populistes actuels, que "les élites" manipulent "le peuple". Mais ils cautionneront néanmoins la légende qui fait de ce peuple le moteur des révolutions alors qu'il en est plutôt le carburant… Très rares sont les Français qui savent aujourd'hui que la fête nationale du 14 juillet ne commémore pas une prise de la Bastille qui fut finalement assez anecdotique, mais l'événement du 14 juillet 1790, cette Fête de la Fédération qui, présidée par le roi, donna l'espace d'une journée l'éphémère illusion d'une unité nationale retrouvée et d'une révolution achevée.

samedi 16 janvier 2021

Trump part, mais le trumpisme demeure.

 

 

Trump part, mais le trumpisme demeure.

 

L'éviction aux Etats-Unis de Donald Trump ne doit pas nous aveugler. Les forces qui l'ont porté au pouvoir sont intactes et les violences de ces derniers temps en témoignent. Ce que nous voyons en Amérique et dont les ressorts sont aussi présents en Europe (et particulièrement en France) s'insère dans le large et profond mouvement qui a dominé, dans le monde occidental, la seconde moitié du XX° siècle : le triomphe de l'individualisme ultralibéral.

Il prend sa source dans la vague de remise en cause des cadres politiques et sociaux correspondant, en Amérique comme en Europe, à l'arrivée à l'âge adulte de la génération née après la Seconde Guerre mondiale. Mais rien ne s'est passé comme les révoltés d'alors l'avaient imaginé.

 

Les juvéniles contestataires de la fin des années 1960, en France comme ailleurs, avaient rêvé d'un monde désaliéné, libéré des règles contraignantes héritées du passé, une société sans hiérarchie où les potentialités de chaque individualité auraient pu s'épanouir pleinement, amalgame incertain des utopies du XIXème siècle. Avec ses équivoques, cet idéal imprègne le gauchisme culturel qui faute d'un succès politique, prolonge en France jusqu'aux années 73/74 l'esprit de Mai 68, évitant – fort heureusement – les dérives violentes et terroristes qui affectent au même moment l'Allemagne et l'Italie. Cependant, ce modèle libertaire, qui finit par récuser tout principe régulateur et que vont théoriser un certain nombre de grands intellectuels (Foucault, Deleuze, Bourdieu) n'est pas sans risque. A considérer comme aliénante (et donc à rejeter) toute autorité perçue comme répressive ou conservatrice, on écarte successivement la famille, l'école, puis les institutions, autrement dit l'Etat. La démocratie représentative, patiemment construite depuis le XVIII° siècle, devient un "système" qui appelle l'insoumission : le citoyen s'efface derrière le rebelle.

 

Mais, de manière imprévue bien que logique, cette émancipation rageuse de toute tutelle va aussi concerner, au-delà de l'affectif, du privé et du politique, le domaine de l'économie. A ce niveau, la contestation libertaire recoupe une autre contestation, à l'œuvre elle aussi depuis les années 1960, celle de l'interventionnisme d'Etat d'esprit keynésien que dénoncent des cercles de réflexion qui prônent un retour au libéralisme économique intégral. Le paradoxe de la grande révolte individualiste est que n'ayant pas ébranlé le capitalisme qu'ils voulaient dépasser, mais ayant en revanche déstabilisé, en en disqualifiant les règles, le fragile équilibre entre liberté d'entreprendre et régulation de l'économie mis en place après la crise de 1929, les "révolutionnaires" des années 1960 ont involontairement créé un appel d'air en faveur de toutes les philosophies de la liberté, y compris celles qui opposent dans l'ordre économique le laisser-faire à toute tentative d'organisation assimilée à l'insupportable ingérence de l'Etat.

En revendiquant dans tous les domaines l'autonomie, les contestataires ont ainsi favorisé une entreprise générale de déréglementation et de désinstitutionalisation qui est venue indirectement converger avec la critique des théoriciens néolibéraux. Renforcés par l'impuissance des recettes keynésiennes face à la crise déclenchée en 1974 suite à la brusque augmentation du prix de l'énergie, ceux-ci parviendront bientôt au pouvoir, en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis, derrière Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

 

Ce prolongement inattendu, qui implante durablement l'idéologie ultralibérale au moment même où le progrès technique, puis l'effondrement du communisme soviétique rendent possible la mondialisation, n'est pas le seul à se révéler inverse des effets escomptés. En éclatant les sociétés en une poussière d'individualités, le nouvel ordre des choses détruit les formes consacrées d'encadrement social et le rôle pédagogique qu'elles assumaient, créant une fracture irréductible entre ceux que leur formation intellectuelle rend capables de décrypter eux-mêmes les situations et les moins éduqués, qui perdent tout repère. On est là aux racines du succès populiste, des démagogues aussi ambitieux que cyniques ayant vite compris l'opportunité qu'il y a à opposer "le peuple" aux "élites" dominatrices et corrompues. Tout le mécanisme de l'élection de Trump est là et sa chute ne change guère la donne. Trump est parti mais le trumpisme demeure.

C'est inquiétant pour l'avenir de la vraie démocratie. La disponibilité de masses désorientées, éprouvées par l'ampleur et la rapidité des changements, perméables aux simplismes réducteurs et dont la crédulité n'a d'égal que la défiance à l'égard de toute autorité justifiée, serait-elle celle de la science, ouvre la porte à une véritable régression. Reconquérir ces foules égarées exige la reconstitution des liens sociaux et l'acceptation des lois communes, démarches aussitôt dénoncées comme liberticides. La voie est donc singulièrement étroite pour les défenseurs de la démocratie libérale et la menace est grande d'un vrai retour de l'autoritarisme politique, qu'il soit porté par un populisme à la manière de Trump ou sous la forme d'un "état fort" illibéral telles la Russie de Poutine ou la Turquie d'Erdogan. Il est encore temps d'en prendre conscience.

 

 

mardi 29 décembre 2020

 

Quelle alternance au socialisme?

 

Nous évoquions dans la précédente prestation le risque menaçant de dérives politiques autoritaires, il se nourrit aussi du véritable collapsus qui affecte, en particulier en France, la pensée de gauche. Née dans le sillage des Lumières, celle-ci se condense dans la devise de la République : liberté, égalité.

Liberté d'abord : le transformation du sujet en citoyen que proclame la Révolution française en fait un mot-emblème. Elle est le synonyme d'émancipation, elle se formule dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, elle se concrétise dans la démocratie libérale représentative qui s'instaure progressivement tout au long du XIX° siècle.

Egalité ensuite et là, des ambiguïtés surgissent. La déclaration de 1789 est claire, il s'agit d'égalité en droit, autrement dit de mettre un terme aux hiérarchies de naissance des sociétés d'ordres. Mais dès les années 1830, l'idée d'une transformation sociale abolissant les inégalités de fortune et de condition paraît. "Les révolutions sociales ont pour but de changer la base même de la société", écrit le publiciste républicain Laponneraye en 1835. Cette ambition coïncidant avec les effets de la révolution industrielle et la formation du prolétariat ouvrier, le projet d'institution d'une justice sociale qui constituerait la véritable égalité va se concrétiser dans le socialisme et, au tournant du XIX° siècle, cette inflexion va se trouver un théoricien et un concepteur de génie en la personne de Karl Marx.

Insensiblement, une fissure apparaît donc entre l'idéal de liberté individuelle et l'exigence d'égalité sociale. L'exercice de la liberté souligne nécessairement les inégalités liées tant à la diversité des personnalités et des capacités qu'aux conséquences de la condition sociale. Vouloir le corriger va devenir l'objectif de la pensée de gauche et là, les méthodes envisagées vont diverger : ou promouvoir une nouvelle révolution visant à instituer une société égalitaire, ou tenter le compromis entre le libéralisme (issu de la Révolution française de 1789) et le combat contre les inégalités par la mise en place d'une série de réformes. Le XX° siècle va être traversé par cette double expérience.

 

Qu'en est-il en ce début de XXI° siècle? Le premier constat est que le modèle révolutionnaire a échoué. Karl Marx avait admirablement analysé le capitalisme libéral des années 1860 et fondé une philosophie de l'histoire sur la base d'une théorie de la lutte des classes appliquée aux conditions sociales de son temps, en Europe de l'Ouest. C'est ailleurs, dans un autre contexte, que des disciples peu fidèles tentèrent l'aventure de la révolution prolétarienne, dans un cadre sans grand rapport avec les schémas marxiens, et installèrent en fait de sociétés "sans classe" prétendument collectivistes la dictature d'une nouvelle oligarchie, celle des dirigeants d'un parti unique et de son chef. En 2020, il ne reste rien de ces entreprises, ni en Russie, ni en Chine, ni ailleurs, sinon un modèle autoritaire d'encadrement qui ne tolère aucune contestation et qui demeure, aujourd'hui, au service d'une autre cause.

 En revanche, le réformisme au sein des démocraties libérales (la social-démocratie) a obtenu dans cette même Europe de l'Ouest des avancées sociales durables garanties par l'action des états et de leurs services publics. Mais même cette version du socialisme n'a pas résisté à la débâcle générale qui a suivi l'écroulement des modèles prétendument révolutionnaires, d'autant que les énormes changements induits par les transformations techniques et l'élévation du niveau de vie global ont créé un contexte social sans rapport avec celui qu'avait décrit Marx il y a un siècle et demi.

Il en résulte une profonde confusion. Quarante ans de néolibéralisme prônant que l'intérêt de l'individu prévaut sur celui de la société et que la compétition l'emporte sur la coopération ont discrédité les valeurs libérales et la démocratie représentative. L'explosion de l'individualisme a détruit les solidarités de classe et les formes d'encadrement et de pédagogie que représentaient les partis politiques. Une véritable régression culturelle a rétabli la suprématie de la croyance sur la connaissance, alimentant la défiance généralisée (en particulier à l'égard de la science) et générant ce populisme qui oppose un prétendu peuple aux "élites", autrement dit l'ignorance au savoir. Les retombées immédiates ont été les succès fulgurants de démagogues tels Trump ou Bolsonaro et la diffusion accélérée des théories complotistes, portées par le formidable amplificateur que sont les réseaux sociaux. Au milieu de ce chaos, , le discours traditionnel de la gauche est devenu d'autant plus inaudible qu'il apparaissait déjà déconnecté du réel et les couches populaires qui lui avaient été fidèles l'ont délaissé au profit de celui des populismes conservateurs.

 

Y a-t-il une issue? Peut-on imaginer la renaissance modernisée du compromis social-démocrate? Ce qui menace, dans l'avenir, c'est la crise écologique consécutive aux limites du productivisme et à l'évolution climatique que l'activité humaine accélère. Depuis plus de deux siècles, la promesse de la gauche a été, à la fois, une liberté individuelle accrue et une plus grande égalité sociale, traduite par l'élévation du niveau de vie et fondée sur une abondance croissante. La réponse à la crise exige plus de sobriété et la fin programmée des sociétés de consommation, ce que l'on désigne volontiers aujourd'hui comme l'austérité, vilipendée à gauche… La mise en œuvre des mesures indispensables appelle une action accrue de l'état, autrement dit, le retour de l'autorité. En résumé, le contraire de ce qu'avait été le discours séculaire de la gauche.

On est en droit de douter des chances de ce que d'aucuns nomment, en la souhaitant, la social-écologie, où il faudrait alors, dans la devise républicaine, substituer le mot "discipline" à l'actuel : "liberté".

mardi 1 décembre 2020

le tournant du XXI° siècle.

 

Le tournant du XXI° siècle.

 

Le XVIII° siècle est certes en Europe le temps des Lumières et de la philosophie, mais c'est aussi un tournant essentiel de l'histoire économique : l'institution du capitalisme libéral.s

Depuis la fin du Moyen-âge où il s'était progressivement mis en place parallèlement au développement de l'économie de marché, le capitalisme naissant s'était affirmé sous l'égide d'un pouvoir royal dont il était contemporain. C'est en effet à partir du XV° siècle que se construisent en Europe les états monarchiques qui imposent leur autorité aux vestiges de l'ordre féodal. C'est naturellement que ceux-ci s'instituent protecteurs d'activités génératrices de richesses, d'autant qu'on pense, à l'époque, que la puissance des royaumes se mesure à leur capacité à accumuler du numéraire en exportant des marchandises et en limitant les importations et que cette pratique suppose le développement interne des forces productives. En France, on peut voir sous Louis XIV l'apogée de ce système avec la politique du ministre Colbert, qui énonce  que "les compagnies de commerce sont les armées du roi et les manufactures ses réserves".

Aussi efficace soit-elle apparue, cette combinaison plaçait le capitalisme sous tutelle étatique et bridait ses initiatives en subordonnant le dynamisme des intérêts privés à l'intérêt collectif qu'était censé incarner l'état royal. Aussi, lors du grand mouvement d'émancipation revendiquant la liberté et l'affranchissement de l'individu qui traverse le XVIII° siècle, le monde économique vise lui aussi à l'indépendance. En se dégageant de toute subordination au pouvoir politique, le capitalisme libéral se donne le moyen de n'obéir qu'à sa logique propre : l'initiative privée en quête de profits, l'accumulation d'un capital financier qu'on peut réinvestir pour accroître le volume des affaires, enfin, la rémunération salariée du travail. Il crée ainsi les conditions d'une croissance productiviste exponentielle qui va générer un développement économique sans précédent et doter les sociétés occidentales d'un niveau de vie jamais atteint, reposant sur une consommation toujours accrue. Son rapport à l'Etat a pris la forme d'une sorte de compromis, facilité du fait que ce dernier s'est lui aussi assoupli sous la forme des démocraties représentatives : l'Etat soutient l'action des forces économiques et n'intervient (modérément) que pour faire respecter les règles d'un bon fonctionnement ou le maintien de la paix sociale.

Ce dispositif a fonctionné presque trois siècles quand, à l'aube du XXI°, une série de problèmes se sont brutalement posés.

D'une part, dans le sillage des formidables progrès techniques engendrés par la révolution numérique et suite à l'échec sans appel des modèles alternatifs s'inspirant de l'idéologie socialiste du XIX° siècle, le système s'est emballé à l'appel de théories radicales poussant le libéralisme à ses extrêmes limites. La mondialisation néolibérale, après d'indiscutables succès, s'est révélée génératrice de désordres, de crises, d'explosion des inégalités et a vu se constituer de gigantesques monopoles asphyxiant toute concurrence et s'avérant plus puissants que les états eux-mêmes. Cette dérive a d'autre part coïncidé avec l'émergence de périls mettant en cause jusque l'avenir de l'humanité : dérèglement climatique, épuisement des ressources naturelles, doublement de la population mondiale en l'espace de trois générations, et il a bien fallu convenir que la conduite de l'économie productiviste en était largement la cause (émission de gaz à effet de serre, exploitation démesurée de la nature, absence de régulation remplacée par la course effrénée au profit à court terme). A cela, s'est ajoutée l'énorme perturbation de l'épidémie de Covid 19. La perspective d'un réexamen de fond s'est insidieusement imposée parmi les plus lucides des gestionnaires du capitalisme mondial.

 

Il faudrait être plus attentif aux débats du forum annuel de Davos, en Suisse, où se rencontrent grands patrons, économistes, responsables politiques qui constituent l'élite du monde économique. C'est là qu'a percé le thème du great reset, expression qu'on traduit un peu lourdement comme la "grande réinitialisation". Officiellement, il s'agit d'une remise à plat du système monétaire mondial et de la recherche d'orientation pour résoudre la question des dettes, mais derrière, d'autres préoccupations se profilent qui se résument dans le discours introductif : "afin d'assurer notre avenir et de prospérer, nous devons faire évoluer notre modèle économique et placer les humains et la planète au cœur d’une création de valeur mondiale. S'il y a une leçon essentielle à tirer de cette crise, c'est que nous devons placer la nature au cœur de notre mode de fonctionnement. Nous ne pouvons tout simplement pas perdre plus de temps". En fait, le capitalisme prend en compte l'écologie et envisage donc de rompre avec la croissance productiviste qui avait caractérisé les siècles de l'ère libérale.

C'est un véritable changement de civilisation qui s'annonce là, un formidable ébranlement pour les peuples abreuvés depuis un siècle aux facilités et au toujours-plus des sociétés de consommation. C'est la promesse de convulsions sociales car, évidement, ce sont les plus modestes et les plus précaires qui seront les premiers touchés. Pour mener à bien les mesures de l'écolo-capitalisme, en garantir les profits et contenir la contestation, il faut de nouveau un état fort. Cela suppose un nouveau pacte entre l'économique et le politique où celui-ci reprend la main. Le nouveau capitalisme doit être prêt à accepter de servir les intérêts et les plans de l'Etat en échange de sa protection et de son appui. Le modèle existe déjà : en Chine.

Nous entrons sans trop nous en apercevoir dans un remaniement aussi important que le fut le tournant libéral du XVIII° siècle, mais en sens inverse. L'ennui, c'est que le libéralisme politique sombre avec son homologue économique. L'état autoritaire revient et il sait comment obtenir la docilité des populations : par la peur. Dans un monde ultra-surveillé grâce aux instruments qu'offre le progrès technique, nul ne pourra se dérober. La peur fait taire les récriminations et les révoltes : il suffit de voir combien même les Français, réputés pour leur indiscipline, se sont pliés aux contraintes générées par la pandémie de 2020 pour s'en convaincre.

dimanche 15 novembre 2020

 

Trump est battu, mais le trumpisme demeure.

 

Ceux qui ergotaient sur le sens du mot "populisme" doivent être éclairés après l'élection présidentielle américaine de novembre 2020. Certes, Joe Biden a gagné, mais Donald Trump a cumulé le vote de 70 millions d'Américains, record jamais atteint par un candidat républicain et qui relativise fortement sa défaite. Le bilan présidentiel de Trump n'étant pas spécialement exaltant, il s'est passé là autre chose, qui ne concerne pas les seuls Etats-Unis.

Le monde traverse depuis trois décennies une série accélérée de transformations qui bouleversent profondément les sociétés, en particulier dans les pays dits développés. La percée et la rapide expansion d'innovations technologiques dans le domaine des communications, l'unification économique du monde qui en a été l'une des conséquences, le dérèglement de l'économie légitimé par l'idéologie néolibérale et générateur d'un accroissement des inégalités, ont rendu caducs les cadres politiques et sociaux mis en place au siècle dernier. Les délocalisations, les progrès de la robotique ont fait disparaître quantité d'emplois non qualifiés, en particulier dans l'industrie. Il s'en est suivi un profond désarroi affectant particulièrement ces classes moyennes, qui n'avaient cessé de se développer dans la seconde moitié du XX° siècle au rythme de la croissance et de l'élévation du niveau de vie et d'éducation, et qui ont dès lors vécues dans l'angoisse du déclassement et des incertitudes de l'avenir. Choc supplémentaire, la pandémie du Covid 19, achevant de désorganiser les structures économiques, a débouché sur l'imprévisible.

Il en a découlé une défiance généralisée à l'égard des institutions et la dévalorisation brutale de l'idéologie du progrès, fondement essentiel des démocraties libérales depuis la fin du XVIII° siècle. Et, par voie de conséquence, un boulevard ouvert aux démagogues de tout poil, prompts à rallier autour d'idées simplistes et de slogans mobilisateurs la foule des désorientés et des perdants. Le thème général était limpide : le peuple s'est fait confisquer le pouvoir par les élites, à lui de le récupérer. Le populisme prenait corps, dénonçant la démocratie libérale comme un "système " corrompu et oligarchique à abattre. C'est de cette manière que Donald Trump a gagné l'élection de 2016. Il vient de démontrer en 2020 que la méthode est toujours efficace. Trump est écarté, mais le trumpisme prospère.

Or, le problème n'est pas spécifique des Etats-Unis. En France, il prend la forme du clivage décrit par les politologues entre le monde des métropoles, relativement bien intégré, et la périphérie (on disait autrefois la province) qui se sent décalée, sinon abandonnée. Le mouvement des "gilets jaunes", l'année passée, en a témoigné. Il est à craindre qu'il réapparaisse amplifié par le séisme social induit par la pandémie. Au sentiment de déclassement se joint l'effet accru de la fracture culturelle entre diplômés et catégories moins éduquées plus perméables aux discours simplificateurs. Un émule français de Trump en ferait son profit.

Existe-t-il? Pour le moment, non. Jérôme Fourquet directeur du département opinion de l'IFOP et auteur de la remarquable étude "l'archipel français"*, qui décrit l'éclatement de la société en groupes centrés sur leur intérêt propre, fait le point sur la question dans un récent entretien accordé au "Monde"**. Présentant Marine Le Pen comme l'expression actuelle d'un populisme à la française qui a su capter le vote ouvrier après la disqualification de l'espérance communiste, il souligne que le score réalisé cette fois encore par Donald Trump est hors de sa portée. Mais est-ce définitif? Un autre leader peut surgir, de nouvelles convergences sont possibles. Elle existent déjà sur l'Europe, l'antilibéralisme, le repli nationaliste travesti en "souverainisme" ; elles s'esquissent face à la menace de l'islamisme radical même si c'est au prix d'un revirement précipité. La confluence entre le populisme démagogique de droite et un certain populisme idéologique de gauche n'est pas impensable. Elle créerait le socle électoral producteur d'un Trump français.

Est-ce inéluctable? Là encore, ce qui va se passer aux Etats-Unis est riche d'enseignements Mais il reste à craindre que le clivage social qui fait le lit des populismes perdure. A la lutte des classes telle que la décrivait Marx dans le monde du XIX° siècle et qui justifia au XX° siècle les expériences communistes se substitue un autre modèle : le "peuple" contre les "élites". Il risque fort d'aboutir aux mêmes résultats : l'instauration de dictatures totalitaires dirigées par des autocrates installés à vie. Espérons qu'il n'est pas trop tard pour défendre encore l'idéal exprimé en 1789 dans la Déclaration des droits de l'homme et qui a fondé depuis deux siècles, dans le monde occidental, la démocratie libérale représentative.

 

  • J. Fourquet. L'archipel français. Naissance d'une nation multiple et divisée? Seuil. 2019

** "Le Monde" 12 novembre 2020.