lundi 4 mars 2013

"Vous l'avez voulu, George Dandin".




Voici qu'en ce mois de mars, le théâtre du Lucernaire, à Paris, met en scène le "George Dandin" de Molière, grinçante farce qui conte les malheurs d'un homme dupé et humilié pour s'être lui-même fourvoyé dans une situation qui le dépasse et où il va d'abdications en renoncements.
Comment ne pas penser à notre gauche de gouvernement, qui après toutes ces mesures reprenant sous un autre nom des dispositions du pouvoir qu'elle remplace et qu'elle avait en d'autres temps férocement fustigées, se voit à présent engagée dans la voie d'une réforme des retraites et même – horresco referens – du réajustement de la taxation des carburants, dossier explosif s'il en est ?
Comment ne pas s'interroger sur les obscures raisons qui lui ont fait briguer le pouvoir au moment précis où elle aurait dû tout mettre en œuvre pour que ce soit la droite qui ait à gérer l'avalanche de mesures impopulaires que la conjoncture économique promettait à coup sûr ?
Il semble difficile d'imaginer que les stratèges du PS aient mal évalué la gravité et la complexité de la situation. Sauf à vivre sur une autre planète, il s'agissait d'une évidence. On pouvait certes imaginer la venue de jours meilleurs, espérer on ne sait quel miracle qui ramènerait la croissance et permettrait de rétablir les comptes en douceur, mais aucun économiste sérieux n'y croyait et l'on ne prend pas la direction d'un état en tirant des plans sur la comète ou en attendant la descente du Père Noël. Pourquoi donc s'être donné tant de mal, avoir enflammé les foules des meetings en clamant que le changement, c'était maintenant ? Pourquoi avoir improvisé à la tribune de fulgurantes propositions comme cette taxation à 75% dont tout expert savait qu'elle serait considérée inconstitutionnelle ? Pourquoi s'être lancé en direct dans cette imposante anaphore, qui laissa pantois l'adversaire, et dont nous voyons l'un après l'autre les termes démentis par l'action réellement menée ?
Peut-être la réponse est-elle limpide, dans sa simplicité. Ce n'est pas même une volonté de gagner après une longue éclipse qui suscitait cette ardeur puisque gagner dans de telles conditions préparait à coup sûr une future perdition. Non ! Il n'existait qu'une seule, unique, irrésistible motivation : battre Nicolas Sarkozy. Le changement, c'était bien maintenant, mais il se limitait à une substitution de personne : François Hollande remplaçait à l'Elysée Nicolas Sarkozy. Point final. Le changement était intervenu le soir du 6 mai 2012. Le rideau pouvait tomber, se rouvrir, et la même représentation se poursuivre, simplement avec d'autres acteurs.
L'opinion s'en est-elle satisfaite (et nous parlons là évidemment de ceux qui avaient cru au changement et y crurent encore quelques mois) ? Il semble bien que non, si l'on observe les résultats des instituts de sondage. Le public siffle et ce n'est qu'un début, avec ce qui s'annonce !
N'aurait-il pas été préférable, dans une perspective de gauche, que ce soit précisément la droite qui se charge de cette rude tâche ? Cela aurait même permis de critiquer, de pourfendre, de se moquer… Hélas ! Ce n'est plus possible. Ce sont les rameurs du PS qui sont aux avirons de la galère et la mer grossit, le ciel se plombe…
Alors, voilà qu'on entend George Dandin qui gémit sur lui-même: "Vous l'avez voulu ! Vous l'avez voulu, George Dandin ! Vous l'avez voulu ! Cela vous sied si bien et vous voilà ajusté comme il faut : vous avez justement ce que vous méritez…". George Dandin. Acte I, scène 9).

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